Avignon 2014

by L AUTRE IDEE

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1.
THE ENCHANTED WOOD Je voudrais crever un dimanche. Que ça les occupe, qu’ils aient enfin quelque chose à dire, à raconter, un fait nouveau. Que le drame surgisse au beau milieu de leurs embrassades familiales gênées, empruntées. Mon corps en travers du couloir, du chemin dans le jardin arboré. Une spectaculaire sortie au milieu du repas dominical. Qu’ils parlent un temps d’autre chose que du temps. J'ai dormi. Elle me plait et son silence m'apaise. Un premier réveil simple et indolore depuis des mois. C'est grâce à elle.  C'est sûr. Ce matin, les premières heures de douceur, l'esprit lisse, le corps refait dans la nuit, c'est elle. Evidemment. Au premier jour, je l'ai sentie. Je l'aime. Telle qu'elle est. Elle ne me connait pas. Je viens, je la regarde et la respire. Elle ne le sait pas.   Les portraits sur ma table de chevet, de moi en mariée, en mère épanouie, en grand-mère parfaite me rappellent que j’ai eu une vie. Une vie pour les autres, décidée par les autres. Cette vie s’est arrêtée je ne sais pas quand ; sans doute la dernière fois que l’on m’a prise en photo que quelqu’un a trouvé que cela avait un sens, que quelqu’un en a eu envie. C’est seulement quand ils m’ont mise là que j’ai compris que j’étais vieille et que même les liens du sang s’étiolent. Je ne suis plus utile. Je suis inutile. Je suis hors d’usage. Elle ne sait pas que je suis là d' ailleurs. Où qu'elle soit.  L'âme le charme, tout ça, c'est son affaire. Sûrement. Les livres et le reste, l'air chaud du ventilo, les lettres que personne n'ouvre plus.  Ma fille a posé les cadres sur la commode et ils n’ont plus bougés. Personne ne les regarde. Et moi, je pense aux autres moments, ceux qui ne sont maintenant plus qu’à moi. Qui n’ont jamais été photographiés. Ma vie tendue vers une envie. Quand j’avais un corps. Un corps qui demandait, qui suppliait, recevait, s’éloignait, se rapprochait. Après tout s’inverse, le corps n’est plus qu’une souffrance laide. Je voudrais crever un dimanche. Bien sûr elle est seule maintenant, il est parti depuis longtemps. Il ou elle, je n'ai pas fouillé. Peut être Elle. Elle. Elles ont été heureuses, des matins simples et indolores. Evidents. Et des jours autres aussi. Différents.  Pleins, beaux, tristes, lumineux, déchirants, calmes, touchants et chiants... On me disait drôle, je voulais que l’on me trouve belle. Mais dans des bras qui se fermaient sur moi j’ai été Françoise Fabian, Anouck Aimée. Ces chambres où danser nue vers tous ces bras, dormir nue sur les draps. Et rentrer le soir, lire dans le fauteuil du salon en attendant Maurice. Enfiler ma chemise de nuit sage et me glisser sous les draps sages de Maurice. Vous tomberez amoureux de mes restes. Mais  j'aimerais savoir maintenant. Je n'avais rien demandé quand elle s'est imposée. Maintenant je traine et  je me hasarde dans ce passé. Je l'invente et me trompe à coup sûr. Mais j'aimerais qu' elle fût comme je l' aime. Vous tomberez amoureux de mes restes Vous tomberez amoureux de mes restes
2.
3.
occasionnel discontinu saccadé irrégulier instable larvé entrecoupé INTERMITTENT temporaire épisodique erratique inégal rémittent périodique alternatif INTERMITTENT anecdotique aléatoire sporadique secondaire accessoire inhabituel amovible INTERMITTENT précaire décousu inaccoutumé Interrompu variable inconstant modulable INTERMITTENT transitoire altérable changeant éphémère instable versatile discontinu INTERMITTENT parasite marginal jacobin saltimbanque interchangeable INTERMITTENT créatif émouvant sincère essentiel politique troublant INTERMITTENT seul peur soumis solidaire attentif triste prisonnier fatigué technique artisan métier intermédiaire libre indispensable secourable ouvert passeur transformateur liseur interprète créatif escroc habile nu à nu vrai invisible visible vecteur voleur volé expressif volontaire physique candide pluriel sensible signifiant corporel gestuel insensé foutraque percutant fantasque noir créatif alcoolique usé cachetonneur bricoleur résonnance reflets liquide Idée acharné régichieur passeur en pointillé
4.
Avant, il y avait un arbre Je l’ai vu cette nuit , dans un de ces rêves qui te laisse seul, désarmé réel comme le matin froid qui t’accueille. Je me balançais à la plus solide de ses branches, indifférent, pareil au dernier comme tu seras pareil au premier homme plus tard seul. Avant il y avait un arbre un jour ça a changé on a rien dit Boulevard des « oubliés de tous », les visages défilent, des ex-femmes trimbalants des demis-frères croisent des intérimaires en devenir; sur une marche des enfants de sans-papiers arrachent des ailes de mouches; Madame se dépêche pour les courses. Plus loin, la place, un militaire en retraite garde l’oeil ouvert, au cas-où, converse barbe et fixie parle avec cuir et coussinet, ça négocie, main à la poche; Madame se dépêche pour les courses. Avant, il y avait un arbre mais on s’en branle on y est pour rien, de toute façon plus là pour personne. tous si sympas, ou juste lâches, on se regarde en souriant , un peu béats, on est tellement civilisés ! J’ai encore tout salopé dans des rêves obscènes, nettoie le désastre à l’essence avant de descendre acheter des clopes. L’homme aux yeux mous demande si j’entends aboyer le chien, cantonné à l’errance je le croise seulement; on se croise et c’est bien, comme ça on se connaît pas trop, jusqu’à s’oublier complètement. parfois on parle pour meubler le vide, on peut dire ce qu’on veut c’est vraiment bien mais dénommine, cherche son sens à l’absurde et tu trébuches, un crétin comme tout le monde alors reste poli. Etreins le silence, serre le jusqu’à en extraire sa sève. Je marche sans m’arrêter errance du malade en 12 lettres d é a m b u l a t i o n . je ne sais plus pourquoi on s’est battu avec la réalité, je cherche encore ce qui s’est passé. Depuis, assis dans mon coin, je joue avec la boîte à pharmacie; des fois ça pique un peu mais pas trop je reste calme et je te regarde passer; avachi tu suis tes propres pas tournes en rond tu t’enfonces. Finalement on est pareil et je t’aime tellement je voudrais qu’on se rencontre qu’on se touche,,, d’abord qu’on se parle,, ok,,, on est pas des bêtes mais pour se dire quoi ? Alors? Ca va? Qu’est ce que tu deviens? Ca avance? Le mur approche, on est tous d’accord là dessus. Je marche sans m’arrêter errance du malade en 12 lettres déambulation. Avant, il y avait un arbre.
5.
Chanson « Ah-vignon » Pancartes qui claquent Vent qui rend fou Bien au théâtre Soleil qui cloue Orgie de spectacles Oui je l’avoue Parfois la débâcle souvent pas du tout Refrain Avignon, Avignon… Au sein de tes remparts, le monde tourne plus rond Avignon, Avignon, Des heures passées à rêver ton nom Critiques faciles Tracts partout Le Off et le In, c’est bien pour nous Paroles sensibles Echanges au bout Darling, ma fille, Tu me hantes beaucoup T-shirts floqués Pacalo bien frais Pan Bagnats légers Et rhums arrangés Projet réalisé par Karine May (texte & chant) et Mathias Prime (Musique) dans le cadre de la résidence « L’Autre Idée à Avignon ». Juillet 2014.
6.
02:49
7.
CADAVRE EXQUIS 26 juillet 2014. Minuit passé. La femme : Pourquoi es-tu venue ici. Pour me narguer ? L’homme : Mais non. Pourquoi ? Parce que j’ai besoin de ma rage, de mon désespoir, ô vieillesse ennemie. Quand tu auras dans ta bouche toute ma puissance, que diras-tu ? La femme : Par devant… par derrière. Tant qu’il y aura des hommes. Car les femmes, saches le, ici, ne sont que des pétasses. L’homme : Pourquoi ? Est-ce qu’il fait très chaud ? (Silence) Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ce silence ? La femme : C’est le bruit de ma désobéissance. Non ! Je ne sucerais point ! L’homme : Bah alors, qu’est ce que tu attends. Un spectacle de Jean Anouilh ? Antigone ! Antigone ! Non… Ce n’est pas toi. La femme : Si. Justement. Et je suis ton père. L’homme : Mais tu as beau être une icone, être un mythe, qui s’occupera des enfants ? La femme : Des enfants… Drôle d’idée. ( Elle prend la mesure du temps, sourit, place de broucker il pleut et comme partout. La nuit chevauche ses épaules. Elle pense aux étoiles. Au cinéma muet.) L’homme : Comment peux-tu te permettre de me faire tant de mal ? La femme : Ho… La montre… L’homme : Le temps ne peut pas être ton échappatoire, et si ton renard vaut ton plumage, où est Molière dans ces terres ? La femme : Perdu en mer, assoiffé par le sel et le soleil. Alors du sel, du sel, DU SEL ! Qui desséchera ton corps et te privera de ta jouissance ! Et dans la manche, tu feras moins le fier Herbert ! Herbert, mon cher Herbert, comme tu le dis toujours : HA HA HA !!
8.
9.
L’HOMME Il est revenu dans sa chambre ce matin. Les murs lui semblent plus proches que la veille De pas grand chose, juste de quelques centimètres de moins. Il souffle Sur sa tasse de café; la vapeur vient se coller sur la vitre. De l’autre côté des volets clos La rue qui s’anime. Il y a ce monde qui existe. Il le sait. Il est partout au dehors. Rampant, visqueux et gris Il s’immisce, cherche les failles Partout, les journaux, la télé, le grand internet. Il serre sa mâchoire un peu plus fort lui, ferme les yeux. Il n’avait pas de forêt où aller. Alors il s’est enfermé au dedans. LA FEMME Et je me suis mise à courir depuis le soir jusqu’à perdre haleine. Pourtant nous étions, j’en suis certaine. J’avais seulement envie ciels azur, soleils fruits mûrs et 3 petits en l’air. Et je voulais danser jusqu’au tournis les pieds dans le liquide brûlant et qui reflétait l’origine de nos mondes. je voulais crier mon amour et ma haine et dans nos oreilles lassées, même l’écho même enfoui au plus profond de nous même. Je l’avais regardé, mon beau dormeur du vit comme le serpent que j’avais glissé dans son lit et sûrement croquera sa veine et bientôt ils parleront de nous, de notre amour sale sur une toile. Reptile et carotide s’enlassaient et une larme vermeille. Ultime caresse, je prit le temps de me retirer dans mon rêve changé en cauchemar et que je voudrais enfermé au dedans. L’HOMME Il est revenu dans sa chambre ce matin. Les murs lui semblent plus proches que la veille De pas grand chose, juste de quelques centimètres de moins. Il souffle Sur sa tasse de café; la vapeur vient se coller sur la vitre De l’autre côté des volets clos La rue qui s’anime. Il y a ce monde qui existe. Il le sait. Il est partout au dehors. Rampant, visqueux et gris Il s’immisce, cherche les failles Partout, les journaux, la télé, le grand internet. Il serre sa mâchoire un peu plus fort lui, ferme les yeux. Il n’avait pas de forêt où aller. Alors il s’est enfermé au dedans. LA FEMME Et je me suis mise à courir depuis le soir jusqu’à perdre haleine. Pourtant nous étions, j’en suis certaine. J’avais seulement envie ciels azur, soleils fruits mûrs et 3 petits en l’air. Et je voulais danser jusqu’au tournis les pieds dans le liquide brûlant et qui reflétait l’origine de nos mondes. je voulais crier mon amour et ma haine et dans nos oreilles lassées, même l’écho même enfoui au plus profond de nous même. Je l’avais regardé, mon beau dormeur du vit comme le serpent que j’avais glissé dans son lit et sûrement croquera sa veine et bientôt ils parleront de nous, de notre amour sale sur une toile. Reptile et carotide s’enlaçaient et une larme vermeille a coulée. Ultime caresse, je pris le temps de me retirer dans mon rêve changé en cauchemar que je voudrais enfermé au dedans.

about

Made in Avignon juillet 2014

credits

released December 7, 2014

Compilation / Collectif en résidence à Avignon : Samuel Michel, Thomas Le Corre, Numa Fernandez, Erwan Le Moigne, Nathalie Burel, Claude Ollivier, Thibault Le Goff, Karine May...

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